Tous les livres critiqués sous: France

langue de la rédaction d’un ouvrage

Emmanuel CARRERE, L'adversaire

L’adversaire

C’est l’histoire d’un incroyable mensonge, celui de toute une vie. Pendant 18 ans, Jean-Claude Romand a fait croire à ses proches et amis qu’il était médecin chercheur à l’OMS. Il prétendait chaque jour aller travailler à Genève; il escroquait les membres de sa famille pour soutirer de l’argent et effectuer de faux placement financier en Suisse. En janvier 1993, acculé, il a tenté de tuer sa maîtresse. Puis, il a assassiné ses parents, sa femme et ses deux enfants à l’aide d’une carabine. Il sera condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.
Emmanuel CARRERE reprend cet authentique fait divers pour en faire une œuvre où se mêle réalité et fiction, récit épistolaire et documentaire, en posant la question du roman, en écrivant le roman de Romand.

Edouard LOUIS, Histoire de la violence

Histoire de la violence

Edouard LOUIS revient ici aux origines, au pays d’Eddy Bellegueule, son précédent roman. Et la violence? C’est celle dont a été victime le narrateur (un viol). C’est aussi la “violence de l’enfermement”. Pas moyen d’en sortir, aucune issue pour échapper à sa condition : sa condition sociale, comme la situation dans laquelle se trouve la victime d’un agresseur. Reste à en parler, comme le fait ici le narrateur, à sa sœur Clara, à ses amis, à la police. Et par l’écriture, dans la lignée de l’écrivaine de la mémoire, Annie ERNAUX.

Christine ANGOT, Un amour impossible

Un amour impossible

Christine ANGOT raconte l’histoire de ses origines. Rachel, sa mère, juive, est de condition modeste. Elle rencontre Pierre, un homme de bonne famille. Ils ont un enfant, Christine, qu’il reconnaîtra sur le tard, qu’il violera des années durant. L’auteur se livre à une critique de la raison sociale. Devant sa mère, elle emprunte le langage de son père pour faire le procès auquel il a échappé, et rend son verdict en en appelant à la lutte des classes, à la guerre des mots. L’amour est impossible, la vie perdue d’avance?

Colette FELLOUS, La préparation de la vie

La préparation de la vie

Récit fourre-tout, qui concerne la vie de l’auteur depuis l’enfance jusqu’à aujourd’hui. Colette FELLOUS égrène des souvenirs d’enfance, des photos de jeunesse, une histoire d’amour manquée avec un américain à Paris, des poèmes japonais, et surtout l’admiration pour Roland Barthes, dont elle a suivi le séminaire sur la préparation au roman, véritable préparation à la vie.

Dominique Fabre, Photos volees

Photos volées

Jean, 58 ans, vit seul. Il connaît une mauvaise passe : harcèlement au travail, licenciement abusif, pression exercée par des connaissances ou Pôle Emploi pour retravailler. C’est le moment de faire le bilan de sa vie: comment transformer le malheur en chance? Il se remet à la photo, renoue des amitiés, trouve l’amour. C’est un vrai plaidoyer pour un comportement réservé dans l’existence. Ce récit nous invite à voir “ces petites choses” qui viennent de loin, que le narrateur capte comme un photographe “prend” une photo.

Maylis de KERANGAL, Réparer les vivants

Réparer les vivants

Maylis de KERANGAL, maître du temps. Ce roman est une véritable course contre la montre. Montre en main, l’auteure nous invite à vivre 24 heures dans la vie de Simon, Claire et tous les autres. Simon, en l’état de mort cérébrale; Claire, qui sortira bientôt de la salle d’opération après avoir subi une transplantation cardiaque. Du donneur au receveur, le temps d’une journée… palpitante.

Eric Reinhardt, L'Amour et les fôrets

L’amour et les forêts

L’héroïne est une lectrice assidue du romancier Éric REINHARDT. Elle lui révèle son admiration par courrier. Elle le rencontre pour lui raconter son histoire. Amour conjugal terrible, harcèlement moral, adultère, maladie… L’auteur se met en scène et joue le personnage d’un écrivain confident et enquêteur. Ce jeu contraste avec la gravité du sujet : l’enfer vécu par une femme dans son ménage, la manipulation, la maladie, la mort.

Tieri BRIET, Fixer le ciel au mur

Fixer le ciel au mur

Un père écrit à sa fille. Léan, 17 ans, est anorexique. Elle entre en août dans une maison de soins psychiatriques. Elle veut profiter de ces vacances pour reprendre des forces avant la rentrée scolaire, laisser ses ombres derrière elle et… peut-être guérir. Le père doit rompre avec son enfant, afin de garantir ses chances de guérison. Alors, désemparé, le père écrit à son enfant, de longues lettres.

Michel SCHNEIDER, Comme une ombre

Comme une ombre

Une ombre plane sur l’existence de Michel Forger, celle d’un frère disparu. Bernard a été son grand frère, autrefois admiré, puis déchu, désormais décédé, et pourtant encore présent. Comme une ombre. Le narrateur trace le portrait contrasté de ce frère, issu d’une famille dissolue, qui a connu les affres de la guerre d’Algérie comme soldat parachutiste. Il en reviendra mais restera … l’ombre de lui-même.

Diane Brasseur, Les fidélités

Les fidélités

Un homme et deux femmes, loin des chabada bada. L’homme a 54 ans, est marié, a un enfant; il entretient une relation avec une femme de 31 ans. Peu avant de partir en vacances avec sa famille, il doit appeler Alix, sa maîtresse. Quelques jours se passent avant le départ, il réfléchit à sa situation.
Un homme, deux femmes et deux maisons. Il travaille à Paris, où il retrouve Alix. Le week-end ou durant les vacances, il rejoint son épouse et sa fille à Marseille.
Qui a deux femmes perd son âme; qui a deux maisons perd la raison? Roman brillant qui pose la question étrange de la fidélité dans l’infidélité.

Hélène Lenoir, Pièce rapportée

Pièce rapportée

Une mère se précipite à l’hôpital, au chevet de sa fille Claire, 24 ans, victime d’un accident de la route. Elle fréquente le service de réanimation, en évitant son mari ou sa belle-famille. Plus tard, Elvire emménage seule dans un appartement parisien, loin de ses proches, lorsque sa fille a retrouvé la santé.
L’auteur nous présente un drame familial larvé avec pour figure centrale une mère au foyer, pièce rapportée au sein de sa famille. La femme découvrira pourtant la liberté, avec pour aide lointaine un étrange ami allemand.

Frederic Boilet et Laia Canada, 286 jours

286 jours

286 jours en 544 pages; 544 photos ou plus en couleur, format italien.
Une jeune femme, Laia Canada, et un auteur de BD reconnu, Frédéric BOILET, entament une relation passionnée et la relatent à l’aide de photos numériques. Naît le journal intime photographié à quatre mains, un reportage photo de leur passion au jour le jour. Un roman bio(photo)graphique. C’est terriblement privé, impudique, plaçant le lecteur en position de voyeur selon le principe de la caméra subjective.

Frédéric Boilet, L'épinard de Yukiko

L’épinard de Yukiko

Frédéric BOILET scénarise de manière originale une histoire d’amour. Il fait la rencontre au Japon de Yukiko, jeune étudiante de moins de 20 ans. Leur amour est subit et bref : une dizaine de jours. L’histoire se déroule sous nos yeux avec pour point de vue le dessinateur en “caméra subjective”. Le livre présente les traits, faits et gestes de Yukiko par le seul biais du narrateur. Le parti pris est fascinant, l’histoire est attachante, dont se dégage une mélancolie,

Annie Ernaux, L'Atelier noir

L’atelier noir

Annie ERNAUX écrit sur l’écriture. Ou plutôt, elle nous donne à lire son journal d’écriture. Elle nous livre la chronique disparate de son travail d’écrivaine. Au fil de la publication de ses différents ouvrages, de 1982 à 2007, nous découvrons son lent et difficile travail d’écriture. C’est presque illisible, rempli d’abréviations, telles les formules ésotériques d’une alchimiste retirée dans son atelier. Tout cela n’a presque de signification que pour elle-même. Et pourtant c’est passionnant, parce qu’elle révèle au grand jour comment elle transforme le plomb en or…