Amour, Egotisme, France, Photo, Roman

L’usage de la photo

Annie Ernaux, L'usage de la photo

L’amour et la mort. Une femme et un homme. Les deux amants photographient et écrivent leurs ébats; photos et écriture s’associent au nom de l’amour.Un homme et une femme commentent tour à tour leurs vêtements laissés là, en tas épars, dispersés, à même le sol. Ces habits dont ils se sont défait avant l’amour, composent le tableau abstrait de leur amour qui se meurt.Au fil des pages, avec Marc MARIE, Annie ERNAUX décrit la passion née entre eux deux au moment même où elle combat une dure et longue maladie. Un amour pour éviter la mort, un amour qui meurt alors qu’elle guérit… Curieux récits, intimes confidences – Annie ERNAUX avec la complicité de son amant, mêlent écriture et existence privée, rêvée. C’est terriblement intime, très personnel, et passionnant.

Étrange usage de la photographie

C’est un étrange usage de la photographie qui s’impose aux deux amants après leurs étreintes passionnées:

“Il fallait photographier tout cela, cet arrangement né du désir et du hasard, voué à la disparition.””(…) comme si faire l’amour ne suffisait pas qu’il faille en conserver une représentation matérielle.”

Les vêtements laissés à même le sol donnent lieu à une dizaine de clichés, et forment des compositions toujours nouvelles, imprévisibles, qui nous sont données à voir:  “l’image du paysage dévasté d’après l’amour”, telle “un test de Rorschach où les taches seraient remplacées par des pièces de vêtement et de lingerie”. Quatorze tableaux sont présentés par les acteurs de cette histoire singulière et pourtant commune: une histoire d’amour qui naît dans la passion et se meurt dans les dernières pages du roman. Un même rituel règle l’évolution de cette histoire déclinée en différentes étapes : une photo est prise des préliminaires de chaque étreinte, représentant les vêtements épars des protagonistes. Comme lorsque des policiers photographient la scène du crime, ou du moins, ce qu’il en reste – en ne touchant ni ne déplaçant rien.Tel le dessin fait à la craie sur le sol qui représente la silhouette d’un corps décédé, pour trace d’un fait ancien, qui permettra les investigations futures, une prochaine enquête : le présent roman.

Avant, après

Chaque photographie donne à voir les coulisses de l’amour, dont les principaux acteurs sont absents, hors champ. Chaque image montre les traces d’un instant arrêté, en donnant à l’un des deux narrateurs – tantôt A, tantôt M, l’occasion de raconter les événements périphériques dans un mouvement excentrique, l’avant et l’après du pendant de l’amour.

“Toutes les photos sont muettes”.

Ce livre permet à leurs auteurs de faire parler les photographies.

Peinture abstraite

Ces vêtements éparpillés, photographiés, forment une curieuse nature morte. Ou plutôt, comme dit en langue anglaise, une “still life”, une vie arrêtée en un moment tranquille qui témoigne d’une existence tumultueuse – la fureur de l’amour, l’instant d’avant.Cette suite de clichés est un journal intime, le reportage en image d’un amour entre un home et une femme. Une fois le roman publié, les photos exposés, le temps est passé, l’amour s’en est allé. Triste histoire d’amour dont les auteurs-acteurs nous racontent la vie et la mort.

Amour, mort et vie

Terrible maladie qui atteint A. dans son corps, comme on a l’amour dans la peau, simultanément. Amour et mort qui laisseront place à la vie. La guérison survient petit à petit alors que disparaît l’amour. Les dernières photos montrent son absence, sa disparition – alors que la narratrice survivra.Encore une fois Annie ERNAUX parle d’elle sans séparer sa vie de l’écriture, d’une manière originale, “illustrée”, dans une construction narrative naturelle, évidente : les photos nous forcent à le voir. De l’amour à la mort, de la mort à la vie

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