Tous les livres critiqués sous: Roman

genre littéraire romanesque

Joyce Carol Oates, Carthage

Carthage

Cressida Mayfield, jeune fille de 19 ans, disparaît durant l’été en 2005, dans les environs de Carthage, dans l’État de New-York. Cet événement va bouleverser la vie des personnes qui lui sont proches, à commencer par ses parents, sa sœur, mais aussi le caporal Brett Kincaid qui l’accompagnait avant sa disparition. Plus qu’une histoire policière, c’est un roman psychologique qui commence, par lequel Joyce Carol OATES fait le portrait d’une famille en déroute et d’une Amérique en faillite.

Annie Ernaux, Mémoire de fille

Mémoire de fille

Mémoires d’une jeune fille dérangée. Annie Ernaux replonge dans l’été de l’année 1958, du choc créé par une première relation avec un homme et du traumatisme causé pendant plus de deux ans. La jeune fille travaille comme monitrice dans une colonie de vacances pour enfants. Elle connaît là sa première expérience de travail en groupe, de vie en société hors de chez elle; elle y rencontre un homme, H., plus âgé, qui entretient avec elle une courte relation. Leurs rapports sexuels se déroulent avec violence et laissent la jeune fille dans une sorte de stupeur. Double expérience, celle du désir qui prend corps et celle de la honte au sein d’un groupe. Corps sexué et social, placés sous le signe de la honte, la forme la plus vive de la mémoire parce qu’inscrite dans la chair.

Irvin Yalom, La méthode Schopenhauer

La méthode Schopenhauer

Julius Hertzfeld est psychothérapeute à San Francisco. Âgé de 60 ans, il apprend qu’il va mourir. Il lui reste un an à vivre.
Que faire en attendant l’instant fatidique? Il entend poursuivre son travail de thérapeute auprès de ses patients et, notamment, dans son groupe de travail qui réunit six hommes et femmes. Seul un guérisseur blessé peut vraiment guérir. Se joint au groupe un ancien patient, Philipp, dont la thérapie fut un échec. Cet homme a cru voir en la philosophie de Schopenhauer, misanthrope vivant seul loin des autres, un salut. Commence un face-à-face entre les deux hommes, primordiale pour le récit : Julius fait naître en Philip l’expression de ses émotions grâce au groupe, et Philip permettra à Julius de mourir en paix, une fois le travail thérapeutique terminé. Naissance à la vie et mort en paix.

Zoé VALDES, La femme qui pleure

La femme qui pleure

Zoé VALDES fait le portrait de Dora Mar. Cette femme a été pour le peintre Picasso la “femme qui pleure”, la modèle et la maîtresse de l’artiste. Elle a inspiré au peintre espagnol, durant une vie de couple difficile, de grandes toiles. Mais le grand maître se révèle dans le portrait que la romancière fait de lui, un homme odieux, un ogre qui se nourrit de sa compagne, avant de la délaisser, de la laisser détruite.

Henri BAUCHAU, L'enfan bleu

L’enfant bleu

Véronique Vasco est professeur de dessin et psychologue dans une institution pour enfants psychotiques. Elle prend en charge un patient, Orion, âgé de 13 ans, sujet à des emportements violents. Elle le guide vers l’expression artistique. La création aide l’adolescent à s’affirmer. Il devient artiste et trouver sa voie, dans un monde pourtant difficile.
Pendant plus de 12 ans, nous suivons le couple formé par l’analyste et son patient. Vrai roman d’apprentissage, avec Véronique pour mentor, sorte d’Ariane qui nous guide dans un labyrinthe à la rencontre du démon.

Julia Kerninon, Le dernier amour d'Attila Kiss

Le dernier amour d’Attila Kiss

Attila aime Theodora. Et pourtant, la jeune femme n’est même pas son genre. Tout les oppose: l’âge, les origine, la culture, la fortune. Mais ce livre est une histoire d’amour désarmant. Archive, mémoire d’une vie tout à coup amoureuse, mais aussi invitation à vivre l’amour de guerre lasse, après les victoires et les alliances, après les défaillances et les concessions. L’amour désarmé.

Christine ANGOT, Un amour impossible

Un amour impossible

Christine ANGOT raconte l’histoire de ses origines. Rachel, sa mère, juive, est de condition modeste. Elle rencontre Pierre, un homme de bonne famille. Ils ont un enfant, Christine, qu’il reconnaîtra sur le tard, qu’il violera des années durant. L’auteur se livre à une critique de la raison sociale. Devant sa mère, elle emprunte le langage de son père pour faire le procès auquel il a échappé, et rend son verdict en en appelant à la lutte des classes, à la guerre des mots. L’amour est impossible, la vie perdue d’avance?

Eleanor CATTON, Les luminaires

Les luminaires

C’est la ruée vers l’or, en 1866, en Nouvelle-Zélande. Les hommes, et quelques femmes, dans un monde sans enfants, rêvent d’or et de richesse. Des événements mystérieux ont secoué dans la ville. Un chercheur d’or avait trouvé fortune et a disparu. Un homme, solitaire, trompé par sa femme, est retrouvé mort. Une putain attente à ses jours sur la place publique, gorgée de sexe et d’opium avec, sous sa robe, une manne d’or… Et le récit de progresser en ronds mouvants qui encerclent les faits et gestes des personnages, avec, au centre, Anna Wetherell: la femme, maman et putain.

François BEGAUDEAU, Entre les murs

Entre les murs

Un jeune professeur de français enseigne au Collège Mozart, dans une zone d’éducation prioritaire à Paris. Il entame l’année scolaire avec une classe de quatrième, et nous commençons de lire ce récit “intra muros”.
Enfermement dans le monde de l’école: élèves et profs s’opposent dans la classe, en conseil de discipline… à force de langage et dans une chorégraphie bien précise où le corps professoral a le dernier mot. Terrible huis-clos dont il n’y a pas ou presque moyen de s’en sortir!

Brigitte Giraud, Avoir un corps

Avoir un corps

Toute une vie de femme racontée par le biais du corps. Passe l’enfance, vient le temps des amours, la vie en couple, le corps qui fait place à l’enfant, la mort de l’homme. C’est le portrait d’une femme faite de strates différentes, qui se superposent, sédimentent et tiennent ensemble, solidaires. Rien qu’une femme, mais qui les vaut toutes.

Hedwige JEANMART, Blanes

Blanès

Un homme disparaît au retour de Blanès, cette petite ville de la Costa Brava. Eva, sa femme, ne se résout pas à cette disparition, inexpliquée, et retourne dans la cité balnéaire pour essayer de comprendre. En vain, le mystère s’épaissit dans un monde qui apparaît à la l’héroïne chaotique, stérile. Une histoire étrange, un livre hypnotique, car un charme particulier opère dès la première phrase jusque la dernière, avec une certaine indolence. Étonnant.

Alessandro BARICCO, Mr Gwyn

Mr Gwyn

Tout commence comme une parabole dont on devine la sagesse, et se termine en un formidable roman avec une intrigue, un suspense, des rebondissements. Et toujours un propos hautement intéressant. Mr Gwyn est une écrivain reconnu qui … ne veut plus écrire. Ou du moins, ne plus être publié. Il se consacre alors à des portraits écrits devant modèle, donnant lieu à des récits édités à un seul exemplaire, destiné au client. Mais l’expérience tourne mal…

Nancy HUSTON, Bad girl

Bad girl

Entre fiction et réalité, l’auteur parle de soi. Elle s’adresse à elle-même par le biais d’une autre, Dorrit : bébé, fille et femme, à tous les âges, adulte, celui de l’enfance ou même de la vie in utero. Elle retrace ses classes de littérature, établit une filiation avec ses professeurs de désespoir: Gary, Beckett, Ernaux. Terrible récit, fort attachant.