Adultère, Angleterre, Apprentissage, Condition sociale, Domination, Roman

Le dimanche des mères

Graham SWIFT, Le dimanche des mères

Le dimanche 30 mars 1924, dans les riches familles anglaises, les domestiques prennent un jour de congé à l’occasion de la fête des mères. Jane, servante auprès des Niven, orpheline, sans maman à célébrer, rejoint le jeune Paul Sherrigham dans sa belle propriété. La demeure leur appartient durant la matinée – les parents de Paul participent à un dîner à l’extérieur.

C’est une belle journée de printemps après laquelle plus rien ne sera comme avant. Un jour où tout bascule.

Nudité

Les deux amants s’abandonnent un court moment à la nudité dans la chambre du jeune homme, après l’amour. Jane reste allongée sur le lit, dévêtue. Elle regarde Paul s’habiller avec soin pour rejoindre sa fiancée, Emma Hobday, qu’il doit bientôt épouser. Elle assiste à son départ, et, toujours nue, déambule dans la riche demeure. C’est l’occasion de se rappeler son origine, sa condition, et son avenir comme romancière à succès dans les années 1950.

“Elle descendit les marches, ses doigts caressant la rampe, moins pour s’y appuyer que pour en apprécier le toucher délicat. Là où l’escalier tournait, les tringles en cuivre brillaient. (…) En bas, le hall parut se crisper à son approche. Comme si les objets battaient en retraite. Jamais ils n’avaient vu chose pareille: une femme nue descendant l’escalier.” (p.71)

Cette marche lente de la jeune femme dans la maison de riches propriétaires, incongrue, déplacée, renverse en douceur toutes les convenances. La nudité des jeunes gens face à face annihilent le rapport entre le maître et l’esclave, même si Paul a « possédé » dans la relation charnelle sa partenaire. La nudité des corps, la révélation des désirs lors de l’amour, met à mal les préséances. Cependant, Jane porte un diaphragme en guise de contraception, afin d’assurer la stérilité de la relation entre Jane et Paul. Un stérilet, ou « bonnet hollandais » :

« Un diaphragme, Jay. Un bonnet hollandais. Pour m’assurer que ma semence ne t’atteigne pas, du moins pas plus que nécessaire. » Qu’est-ce que ce truc pouvait avoir de hollandais ? se demanda-t-elle. Son uniforme de bonne comprenait un petit bonnet blanc. Certains jours, elle en portait donc deux… » (p.70)

Parcours en la demeure

Nue, Jane parcourt la demeure et sa nudité la rend comme invisible, invincible face à une classe dominante absente. Cette nudité la revêt d’une supériorité en l’instant qui renverse les convenances, l’ordre moral et social. Elle se rhabille, enfin, et ses vêtements paraissent tels un déguisement.

Cette nudité est aussi celle de l’orpheline, venue aux jours sans origines, sans parenté. Vierge, sui generi. C’est là l’état idéal, prétend la protagoniste dans ses réflexions, pour épouser la condition de romancière. C’est la page blanche de l’écrivaine appelée à inventer tout un monde. Jane, en effet, quittera bientôt la fonction de domestique et deviendra libraire à Oxford. Dans la cité universitaire, elle rencontrera son mari, philosophe, bientôt décédé. Veuve, après avoir été orpheline, elle deviendra auteure de romans à succès, notamment avec son ouvrage intitulé « En imagination ».

Court roman

Un roman écrit de main de maître par Graham SWIFT, court mais dense, développant de manière original les rapports sociaux en Angleterre. Longtemps reste chez le lecteur l’image de la jeune femme nue qui déambule dans la demeure désertée par de riches propriétaires, et cette marche lente invite à toutes les réflexions, réminiscences et projections dans l’avenir. Après, Jane se rhabille et reprend pied dans la vie, dans une société où plus rien ne sera comme avant.

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